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Auteur Topic: [groupe] Jad Wio, par Lord Nevermore  (Lu 409 fois)
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Lord Nevermore
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« le: 04 Février 2009 à 15:39:08 »


Jad Wio


Interview réalisée à Genève en mars 2006 par Lord Nevermore,
initialement pour le compte du Magazine "Transit"...
Version PDF disponible en libre téléchargement ::ICI::





Quel honneur, pour ma première interview au sein de Transit, de rencontrer Jad Wio ! En effet, ce groupe légendaire du tout début des années quatre-vingt peut être compté parmi les piliers de la scène dark française. Après s'être mis en veille en 1996, il revint finalement avec un nouvel album, 'Nu Cle Air Pop', et nous gratifia d'un concert d'anthologie à l'Usine ce samedi 25 mars. Je profitai de cette occasion pour rencontrer Denis Bortek, chanteur et auteur, et lui poser quelques questions.


Ça fait longtemps qu'on ne vous a pas vus en Suisse ! Satisfaits de votre grand retour avec ce concert à l'Usine ?
Denis Bortek : Écoute, on est ravis, parce qu'on avait envie d'une belle soirée, et ça s'est produit. Les retrouvailles avec le public étaient extraordinaires. En plus, c'est un endroit dans lequel j'aime venir. Franchement, j'avais super soif par rapport à cette date, et je suis ravi que ça se soit bien passé. Le public qui se met à chanter nos paroles, comme ça, c'est formidable, que peut-on demander de mieux ?


Et en France, comment s'est passé le retour de Jad Wio sur scène ?
L'album est sorti en septembre dernier, du coup on s'est décidés pour monter une tournée. J'en avais très envie, j'ai essayé de monter l'équipe pour le faire, et à part une ou deux, ce sont des personnes qui m'accompagnaient depuis vingt ans.


À propos, il faut que je te remercie pour m'avoir dédié ton nouvel album : à la base, il devait s'appeler 'Un Drôle De Lord Nu', et il contient également une chanson qui s'appelle 'Never More', c'est trop d'honneur (rires de l'interviewé) ! Pourquoi avoir finalement opté pour 'Nu Cle Air Pop', et quel est le concept de cet album ?
Il y a des vocables dedans, c'est rigolo d'avoir dans un mot un concours de mots. Ça me fait bien kiffer de jouer avec cette matière-là, le langage, qui est en même temps notre propre mal et aussi notre propre ressource pour combattre cette putain de vie cellulaire super difficile à agencer. On a affaire aujourd'hui dans nos vies contemporaines à un genre de 'giratoire du toxique', un cercle vicieux qui nous rend tous malades, on est à l'hôpital... Et qu'est-ce qui va nous tirer de là ? Il est difficile d'avoir beaucoup d'optimisme, mais en même temps, je pense que nous sommes peut-être à peu près aussi intelligents que les rats, ou les insectes, et que les nouvelles générations lutteront et se sortiront de là. C'est un peu ça l'anticoncept de 'Nu Cle Air Pop'.


Cet album a été enregistré après une longue période de pause. Qu'est-ce qui t'a donné l'envie de reprendre Jad Wio ?
Eh bien c'est les années 2000 qui ont un peu tout déclenché, la veille du compte, du bug quoi. On a rêvé de ça toute notre enfance et notre adolescence : on attendait la fin du monde, et on l'a vue. Et ça, ça nous a donné une force énorme pour recommencer à vivre.


Justement, dans les anciens albums de Jad Wio, on ressent un peu une atmosphère 'fin de siècle'. 'Nu Cle Air Pop' est votre premier album du vingt et unième siècle, et je voulais savoir comment tu vois ce vingt et unième siècle ?
Nous on voit les débuts, les prémices de ce truc-là. On a assisté à la fin du monde, et on y a survécu. Et là-dessus, sur les débris de cette apocalypse, nous allons construire un grand bordel ! (Ndr : il prend un air inquiétant)


Un grand bordel (rires) ? Et alors, c'est quoi les projets pour le grand bordel futur ?
Ben on va déconner, on va aller jouer, faire ce qu'on aime, ce qu'on préfère, et on va affirmer que rêver nos vies, c'est le seul moyen de s'en sortir.


Tu as parlé du toxique, alors j'en profite. Ce soir, on a pu écouter la chanson 'Toxic Boy', chanson qui a été retirée de l'album, et c'est bien dommage. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il y a eu des problèmes de droits sur l'utilisation du texte (Ndr : cette chanson est basée sur un texte de Tim Burton) et on n'a pas été autorisés à le mettre sur l'album. Donc voilà, par respect pour le droit, on ne l'a pas mise, mais au bout du compte, je trouve ça vraiment ridicule, on dirait que ces gens nous font la guerre en Irak ! Mais finalement on s'en fout, et quand on peut, on la joue, et merde quoi parce que c'est vachement bien. Voilà !


Tu m'as dit aussi 'on est tous dans un hôpital', et ça m'a fait penser à ce que tu disais souvent, que Jad Wio était un peu ton hôpital. C'est toujours le cas ?
Oui, mais là, aujourd'hui c'est moi le médecin (rires) !


Et qui sont les patients ?
C'est toute la famille, j'entends tous ceux qui sont touchés...


Autrement, on a aussi pu entendre ce soir la reprise de 'Paint It Black' des Rolling Stones... Quelles autres chansons aimerais-tu reprendre ?
On aime bien jouer la chanson des Lords (Ndr : 'Lords Of The New Church'), 'Russian Roulette', on va sûrement en faire quelque chose. Je ne sais pas si tu connais, tu es un jeune, Lord. Toi tu es un enfant des Lords (rires) !


Dans un autre registre, il y a un sujet qui me tient à cœur : le dandysme. On voit que ton travail est fortement inspiré par le dandysme, et j'aurais voulu connaître ta vision du truc...
Le dandysme, c'est peut-être d'essayer d'entretenir et de développer une vraie singularité qui se mettrait complètement à rebours d'un conformisme global, répandu, courant, quotidien.


Cette singularité, elle se présente sous une forme esthétique, philosophique, éthique ? Elle apparaît comment dans Jad Wio ?
Eh bien je pense qu'elle touche à tout, c'est une philosophie évolutive. Elle est comme une science de la révolution permanente : toujours se remettre en question, rien ne s'arrête jamais, rien n'est jamais acquis, tout est en mouvement.


Un permanent dépassement de soi ?
Déjà ne serait-ce qu'une volonté, une envie, une foi qui permet au moins de respirer, quoi.


Au niveau de tes textes, on sent qu'il y a beaucoup d'influences diverses. Quelles sont maintenant les influences qui te nourrissent, sur le plan littéraire, artistique, philosophique, etc. ?
Il y en a beaucoup. Je pense que j'ai la connaissance syncrétique, un peu trash, de celui qui a vécu un début de millénaire. Bien sûr en disant 'syncrétique', ça n'est pas une connaissance complète de tout, mais c'est quand même une chose folle pour s'inventer à chaque fois, tous les jours et renaître systématiquement, parce que le principe de vie est difficile, et qu'il faut s'armer. C'est un peu une guerre permanente que l'on fait avec soi-même.


Tu parles de renaissance... À ce propos, quand on écoute 'Nu Cle Air Pop', il me semble qu'il y a aussi une tendance à revenir sur le passé, à l'analyser de manière critique... Était-ce volontaire ?
C'est parce qu'on est ce qu'on est très tôt dans la vie, et que la valeur ajoutée du temps qui passe est vachement importante. Elle peut structurer comme déstructurer, donc c'est vraiment un truc qu'il faut arriver à mener, comme un attelage à conduire, et c'est très difficile. Mais c'est quand même le challenge d'une vie.


Est-ce qu'on peut dire que le Jad Wio du vingt et unième siècle est plus 'positif', plus 'constructif' que le Jad Wio 'fin de siècle' ?
Non, pas vraiment. Je pense qu'au démarrage, il y a un truc d'instinct, une intuition qui n'a pas encore de recul sur elle-même, mais qui agit, qui expérimente et qui va au feu, sans avoir conscience de ce qu'elle fait. Aujourd'hui, il y a une valeur ajoutée avec le temps qui passe, et une analyse, une compréhension de pourquoi et comment c'est venu. Par conséquent il y a aussi une prolongation vers tout ce que cet instinct, cette intuition portait à la base.


Est-ce que le Jad Wio actuel est moins catharsique, plus posé, plus réfléchi ? C'est une impression que l'on peut avoir en écoutant l'album... Plus sage à la rigueur ?
Sage non, je ne pense pas... Je pense que ce soir, on a bien démontré qu'on n'était pas sages (rires) ! Le truc, c'est toujours de créer un bordel monumental : il est hors de question de s'assagir ! Hors de question de s'assagir, mais de réfléchir, de mieux comprendre, de devenir meilleur, plus intelligent, d'avoir plus de cœur, d'être plus généreux, ça d'accord.


En devenant meilleur, en s'analysant et en développant cette générosité, comme tu dis, ça reste de la subversion ?
C'est de la subversion totale, car là il y a un vrai effort, un vrai travail, alors qu'il serait tellement plus facile de se coller dans un divan, de regarder la télé et s'abrutir à l'opium cathodique. Voilà, le truc c'est de résister, et de dire 'non, je refuse ce mode de vie, il y a moyen de se créer autre chose'. C'est vraiment ça être dandy.


Par rapport à ça, si je reviens sur la genèse de l'album, ça me fait penser à cette phrase de Baudelaire qui disait 'j'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or'. Est-ce qu'on peut voir une démarche similaire dans le nouvel album ?
Oui. Tu cherches à changer le plomb en or, à faire de l'alchimie avec ta vie, avec tes projets. Tu as envie de faire toujours mieux, parce que tu as une démarche : créer quelque chose de beau, de magnifique, de divin, quoi.


D'accord... Et alors pour nous faire envie, qu'est-ce qu'on doit attendre de beau, divin et magnifique pour la suite ?
Eh bien le meilleur j'espère ! Avec Kbye, on va faire un nouvel album super pour fêter nos retrouvailles...


Et le mot de la fin au sujet de ces retrouvailles avec Kbye et avec le public ?
Eh bien écoute, si ça peut être comme ça tous les soirs de la vie, je trouve que c'est la vraie vie et ça vaut vraiment le coup de la vivre.






Journalisée

DJ Lord Nevermore,
http://www.myspace.com/lordnevermore

"I'm addicted to the Internet because it's more interesting than people." Dilbert
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